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Raimbault, Père Clément
1875 à 1949
Église Catholique
Madagascar

Missionnaire de valeur, apôtre des lépreux et de surcroît savant réputé, modeste et infatigable, tel fut le P. Clément Raimbault dont le nom est inséparable du développement de l'Île de Nossi-Bé.

Né le 29 janvier 1875, à Henrichemont, dans le département du Cher, Clément Raimbault fut ordonné prêtre en 1901 dans la magnifique cathédrale de Bourges. Quelques mois plus tard, il s'orientait vers les missions en entrant au noviciat de la Congrégation du Saint Esprit. Il s'y fit remarquer par son intelligence, son bon sens hérité du Berry natal et un goût prononcé pour les sciences naturelles.

En 1902, il fut affecté à Madagascar, ou plus exactement à Nossi-Bé, petite île sur la côte nord-ouest. Au point de vue ecclésiastique, Nossi-Bé avait tout un passé: ce fut une "Préfecture Apostolique" créée le 4 septembre 1848 et portant le titre de "Mayotte, Nossi-Bé et Comores," confiée aux Jésuites puis aux Spiritains. En 1901, cette préfecture avait été rattachée au Vicariat Apostolique de Madagascar-Nord (Diégo-Suarez). Malgré ce demi-siècle chargé d'histoire, la mission vivotait dans une misère croissante.

Tout en se consacrant à l'apostolat religieux, le Père Raimbault sut mettre ses dons d'organisateur et de savant au service des autres. Il résolut de mettre en valeur la bonne centaine d'hectares que la mission possédait. Pour cela il préféra ne pas se contenter des seules plantations de café, vanille et riz d'un rendement médiocre, mais fit venir des Philippines des plantes à parfum, spécialement l'ylang-ylang. Comme on le devine, cela demanda pas mal d'effort et de patience: il fallut sélectionner les plants, les adapter au terrain, en surveiller la récolte et trouver des débouchés. Et puis il y eut les cyclones fréquents en ces parages, notamment celui de 1912 qui ravagea tout le nord de Madagascar: en une nuit, église, maisons d'habitation et plantations furent à moitié détruites à Nossi-Bé.

Grâce à sa ténacité, le Père Raimbault réussit à donner à ses plantations d'ylang-ylang un renom apprécié et à faire école autour de lui. Une main-d'œuvre locale put trouver ainsi travail et ressources. La Mission en profita pour se développer et créer des écoles et un collège d'enseignement général confiés aux Frères de Saint Gabriel et aux Sœurs de Saint Joseph de Cluny fondées par la célèbre Mère Javouhey.

En 1922, pour mieux protéger son œuvre, le Père Raimbault créa une société civile, dite des "Plantes à parfum" sans vouloir pour cela jouer au P.D.G. ; il y investit la petite fortune héritée de ses parents. Mais cela n'empêcha nullement les difficultés de s'abattre sur toutes ces magnifiques réalisations et elles vinrent - chose imprévisible - de la part des autorités ecclésiastiques. La région de Madagascar - Nord avait été divisée, en 1923, en deux Vicariats Apostoliques (terme qui équivalait alors à celui de diocèse): Diego-Suarez et Majunga. À qui reviendrait Nossi-Bé: il y eut conflit. Rome trancha le différend en ressuscitant l'ancienne juridiction (préfecture apostolique) de Nossi-Bé, augmentée du district d'Ambanja, sur la Grande Terre et cet ensemble fut confié aux Pères Capucins d'Alsace…avec tous les biens matériels qui en dépendaient.

Le Père Clément Raimbault se vit donc dans l'obligation d'abandonner l'œuvre réalisée durant une vingtaine d'années. Le coup fut rude et la population de l'île en fut désolée. La Chambre de Commerce d'Hell-Ville tint une séance extraordinaire pour exprimer toute sa gratitude à celui qui avait tant fait pour la prospérité de Nossi-Bé. Il faut citer longuement le discours du président de la Chambre de Commerce car il résume magnifiquement l'action du Père Raimbault. "L'œuvre de ce missionnaire est remarquable, et l'on peut affirmer qu'elle marquera dans l'histoire de Nossi-Bé. Son activité, son autorité, sa maîtrise se sont affirmées dans tous les domaines. La mission n'existait que de nom à son arrivée: il l'organise; lui construit des logements et jette les bases d'un établissement scolaire…Il acquiert des propriétés et les développe. Il introduit à Nossi-Bé l'ylang-ylang, le palma-rose, le patchouli et la colonisation européenne et indigène adoptent ces cultures qui sont la meilleure source de richesse…Charitable, le P. Raimbault aide discrètement toutes les misères. Instruit des choses de la médecine, il met ses connaissances et son dévouement à la disposition de tous, particulièrement des pauvres. Il se consacre au traitement des lépreux, dont il assure en même temps l'existence; les résultats obtenus permettent d'espérer que la lèpre peut être vaincue. Ami de la science, il s'est intéressé très vivement aux études géologiques, botaniques, biologiques. Ses travaux en matière de paléontologie viennent de lui valoir la médaille d'argent...

"Le départ du Père Raimbault est une perte pour Nossi-Bé et la Chambre de Commerce se doit de lui montrer sa reconnaissance pour les immenses services rendus. Elle propose en conséquence d'émettre le vœu que la Croix de la Légion d'Honneur lui soit décernée pour services exceptionnels à Madagascar..."

Le Père Raimbault reçut également une lettre forte bienveillante du Cardinal Van Rossum, préfet de la Congrégation romaine de la Propagande, chargée de Missions.

Toutefois, la page était tournée. Le Père Raimbault demanda à reprendre du travail et en 1934 il s'installa à la Réunion, dans la paroisse Saint Bernard, paroisse quelque peu délaissée de la zone montagneuse, où il pourrait en particulier s'occuper de lépreux. Il y passera les quinze dernières années de sa vie toujours le même, réalisant des constructions et se dépensant sans compter pour les malades. Le 11 novembre 1949, il eut une syncope. On voulut le descendre dans une clinique du chef-lieu. Il refusa car il avait trois lépreux en traitement et ne pouvait interrompre la série des piqûres...

Le lendemain, 12 novembre 1949, à l'aube, le Père Clément Raimbault mourait, victime de sa charité.

Augustin Berger


Bibliographie:

Annales spiritaines 1956 - Notice sur le P. Raimbault.
Bulletin de la Chambre de Commerce de Nossi-Bé.
Archives de la Congrégation du Saint Esprit.



Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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