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Ormières, Louis Auguste Bertrand
De 1851 à [ ?]
Affiliation religieuse inconnue
Nouvelle-Calédonie, Madagascar, Somalie, Gabon

Louis Auguste Bertrand Ormières nait en janvier 1851, à Saint-Denis (Réunion). Il est fils de Bertrand Auguste Ormiéres, originaire de Toulouse et lui-même docteur en médecine, et de Marie Elvina Liberta. Après des études médicales à Paris, il prend part à la guerre franco-allemande de 1870-1871 comme médecin aide-major. Ses services, pendant la guerre et la commune, sont sanctionnés par la Légion d'Honneur. Il exerce ensuite les fonctions de médecin de la Préfecture de Police de 1880 à 1886, est envoyé à deux reprises aux Nouvelles-Hébrides par le Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, M. Nouet, auprès de colons de la Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides qui réclament un médecin. Il y contractera une affection du foie qui le suivra sa vie durant. Il entrera dans l'administration coloniale, le 26 juillet 1888, comme administrateur de 4e classe. Son premier poste, dont il semble s'être acquitté brillamment, est Anjouan. Résident, il s'est en effet rapidement acquis par son intelligence, son instruction, son activité, son caractère loyal les sympathies du sultan Abdallah et de sa cour, la population lui est également acquise pour les services qu'il rend comme médecin. Cependant, étant rentre en France pour raison de santé, du 22 mars au 3 juillet 1890, et l'île étant resté sans résident, il la retrouve en état d'insurrection. Il faut une colonne expéditionnaire pour rétablir l'ordre. Il l'accompagnera et les chefs feront leur soumission entre ses mains. Il réorganise rapidement l'administration. Il crée une école française, organise une milice indigène, établit un système fiscal. Il soigne gratuitement les troupes établies à Moutsamoudou. Aussi, quand il manifeste le désir de rentrer en France en 1892, Européens et Anjouanais, (y compris sultans et vizirs) persuadés qu'il a fait l'objet d'une dénonciation, lancent-ils suppliques sur suppliques. Cependant son intérimaire M. Castaing cherche à jeter le discrédit sur lui, l'accusant de s'être fait des amis avec les richesses d'iniquité; selon lui son prédécesseur aurait mal géré les finances, entravé la rentrée des impôts pour se créer une popularité. De plus Castaing a tout bouleversé, créant des emplois inutiles, refusant d'appuyer la rentrée des impôts. Ormières, auquel on avait songé pour la Guinée, rejoint Anjouan. A son retour, il est effrayé. Il lui faut reprendre la situation en main, car ses rapports avec les Arabes seront tendus. Heureusement Lacascade, gouverneur de Mayotte, l'appuie pleinement et la nomination d'administrateur principal sanctionne le bien qu'on pense de lui en haut-lieu. Cependant, après un nouveau congé (30 mai 1895), il ne retournera pas à Anjouan. Il a demandé dès 1892 à servir aux Indes, la proximité de Calcutta lui permettant d'y faire instruire ses enfants. Le 7 avril 1896 il débarque à Bombay et gagne Chandernagor par le rail. Il y arrive le 11 avril 1896.

Une fois de plus son séjour colonial sera interrompu par la maladie. Le chef du service de santé de l'Inde française l'a examiné lors d'une inspection à Chandernagor ainsi que sa famille (16 janvier 1898). Affolé, il a ordonné le retour des Ormières en France dans le plus court délai. Le 16 mars il s'embarque à Calcutta et est remplacé à Chandernagor par M. Echalier. Une décision du 14 septembre 1898 l'a nommé à la 1ère classe et désigné ex-abrupto pour servir à Madagascar, ce qui n'est pas pour plaire à Galliéni. Celui-ci le télégraphie sans fard au ministre (25 octobre 1898). "Journal officiel Mentionne désignation Madagascar, administrateur Ormières. N'ai point demandé cet administrateur." Ormières, à qui Galliéni n'a rien à reprocher, présente cependant aux yeux du Général de sérieux inconvénients. Il a quarante-sept ans, est chargé de famille (3 enfants), ce qui ne permet pas de lui confier un poste dans une région nouvellement soumise. "Il faut à Madagascar des hommes d'âge moyen, plutôt jeunes, d'esprit rassis et dégagés de tout souci personnel de famille, pouvant se déplacer en toutes circonstances." De plus ayant des attaches mauriciennes, on ne peut le mettre sur la Côte Est et parce qu'il a servi à Anjouan on ne peut le mettre sur la Côte Ouest ou se trouvent de nombreux émigrés politiques en provenance de cette île. Reste Diego mais l'administrateur, M. Titeux y donne satisfaction et est également chargé de famille. Finalement Ormières est, malgré les inconvénients, nommé administrateur-maire de Majunga ou il séjournera du 23 novembre 1898 au 27 juin 1899. Il y a été appelé pour remplir les fonctions de chef de la province. Ses débuts sont jugés satisfaisants par le secrétaire général qui estime cependant qu'il manque un peu d'autorité. Toutefois, il se révèlera plus actif qu'on ne l'espérait, organisera la fête des enfants, construira et installera la léproserie centrale d'Ambohidratrimo. Le Général Pennequin qui assure l'intérim de Galliéni, lui attribue expérience et activité. Galliéni l'année suivante souscrit à l'éloge fait d'Ormières et le propose comme officier de la Légion d'Honneur en raison de ses services distingués.

Outre la léproserie d'Ambohidratrimo qui accueille 600 malades il a crée:

--Un hôpital à Itaosy, spécialement destiné au traitement des femmes atteintes de maladies vénériennes,
--Un hôpital indigène à Fenoarivo, avec service spécial pour les affections du larynx et des voies urinaires,
--Un hôpital indigène à Ambatolampy,
--Un hôpital indigène à Arivonimamo,
--Un hôpital indigène (en construction) à Tsinjoarivo,
--Des salles de consultation gratuite dans chaque sous-gouvernement avec délivrance gratuite des médicaments,
--Des digues importantes pour relier divers centres à la capitale,
--Des ponts, dont le dernier, celui de l'Andromba, est en pierre et mesure 60 mètres de long,
faisant pour son attention sur l'organisation du service de l'Assistance publique, le développement de l'industrie séricicole et l'extension des voies de communication, le tout avec les moyens les plus économiques et l'emploi judicieux des seules ressources locales. Au moment où Ormières quitte Madagascar, Galliéni résume son opinion en ces quelques notes "C'est un collaborateur actif, intelligent et plein d'initiative."

Arrivé en France, le 12 juin 1901, Ormières y séjournait deux mois à peine et s'embarquait pour la Côte Française des Somalis où il allait assurer l'intérim du gouverneur. Son séjour y sera de 8 mois.

Ormières est nommé Gouverneur de 3e classe le 3 juin 1902. Il effectuera encore deux séjours outre-mer, l'un comme lieutenant-gouverneur du Gabon, du 9 mars 1904 au 30 janvier 1905, l'autre à Djibouti pour assurer l'intérim du 5 octobre 1905 au 19 mai 1906.

Au Gabon il s'est heurté à son secrétaire général Noufflard à tel point qu'il a demandé son rappel en France et qu'il est parti à Djibouti en emportant avec lui une partie des archives du gouvernement, au grand scandale de l'Inspecteur Hoareau Desruisseaux. Sa bonne foi semble-t-il a été surprise. Cependant Gentil, alors Commissaire Général du Gouvernement dans les possessions du Congo français, semble en avoir été affecté. Ormières ne repartira pas outre-mer et sera admis à faire valoir ses droits à la retraite le 12 février 1907. Il avait été tout au long de sa carrière fortement appuyé par M. Desmons, sénateur du Gard.

M. A. Menier


Bibliographie:

Ormières (Dr. Louis Auguste Bertrand). "Aux Nouvelles-Hébrides. Géographie physique et médicale. Population. Produits. Commerce," Bulletin de la Société de Géographie commerciale de Paris, t. XII, 1887-1888, pp. 626-633.
"Les Comores. Anjouan," Bulletin de géographie commerciale de Paris, t. XII, 1889-1890, pp. 650-664.



Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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